La chronique d'On détrousse au coin des
Lois (n°22, 21 décembre 1898) fut inspirée par un drame social. Une dame
fortunée qui s'appelait Saint et pratiquait pourtant le vol au
cautionnement, avait réussi à soustraire à un nommé Hinque une somme de
dix-sept mille francs, qui constituait toute sa fortune. Des titres de
chemin de fer avaient été remis à la victime, mais il s'agissait de
valeurs volées dont les numéros avaient été adroitement changés. Un
banquier de la rue de Châteaudun, qui avait ensuite avancé de l'argent à
Hinque sur ces titres, porta plainte. Hinque en appela au juge et la
somme escroquée fut retrouvée. La dame Saint avait déjà à répondre d'
"indélicatesses" accomplies au détriment d'un autre banquier, mais,
étant proche parente de Jules Favre, elle avait aussi de puissantes
relations. Le juge d'instruction Boursy, mandaté pour étouffer
l'affaire, fit remettre les dix-sept mille francs aux banquiers, qui se
désistèrent aussitôt. Il assura à Hinque qu'une pension lui serait
versée à hauteur de la somme que lui devait la dame - laquelle bénéficia
d'une ordonnance de non-lieu -, et le magistrat s'engagea à veiller
personnellement au versement régulier de la pension. Hinque eut
confiance et attendit. Nul argent ne vint jamais
[...]
Ruinés et dépourvus de toute ressource, Hinque et sa famille durent
quitter leur logement et brader leurs meubles.
[...]
Mlle Hinque alla trouver le juge Boursy
pour lui rappeler sa promesse - en pure perte.
[...]
Un jour, ne pouvant plus supporter le
spectacle de son père malade, endetté et désespéré, elle s'arma d'un
revolver et, ayant guetté à la sortie du Palais le magistrat qui avait
berné sa famille avec promesse de pension, lui mit un peu de plomb dans
la tête.
[...]
En fin de compte, Mlle Hinque passa devant un tribunal, qui l'acquitta.
[...]
http://gallica.bnf.fr/iiif/ark:/12148/bpt6k9508643/f1/167.4398810438259,2599.1570410191384,3365.5411255411254,2030.08658008658/688,415/0/native.jpg
Gazette des tribunaux Journal de jurisprudence et des débats judiciaires Mercredi 14 Juin 1899
"Madeleine
Hinque, de nationalité belge, est née à Paris le 19 Septembre 1865,
elle n'a reçu qu'une instruction peu étendue et s'est fait remarquer,
dès son enfance par son caractère difficile et son penchant à la
paresse; après la mort de sa mère en 1884, elle eut quelques vélléités
d'entrer au théatre, prit des leçons de déclamation de Mlle Fargueil
et parut sur quelques scènes peu importantes de Paris et Bruxelles
[...]"
"Je suis de nationalité française, comme mon père. Mon grand-père a
servi pendant douze ans comme soldat sous le premier Empire, aors que
la Belgique était française."
"Elle
était armée d'un révolver bulldog qu'elle avait dissimulé dans la
poche de sa jaquette."
"[...] l'achat de son révolver effectué, le 8 octobre précédent pour
le prix de 20 francs, chez M. Weil, armurier, 128 rue de Provence."
"[...] le soin qu'elle avait pris de coudre, à l'intérieur de sa
jaquette, une poche pour servir de gaine à son arme."
"Le
défenseur soutient que la prévention d'escroquerie contre les femmes
Meilhan, Maigret et Sain était parfaitement caractérisée.
Il demande l'acquitement de Mlle Hinque qui est le seul soutien de son
père, vieux et infirme et qui n'a été poussée à agir que par l'amour
filial.
Le verdict est négatif sur les deux questions de tentative d'homicide
et de préméditation.
La lecture est accueillie par des applaudissements.
Mlle Hinque salue le jury et sort de l'audience en pleurant."
(Voir le texte complet en cliquant sur l'image)
Le Radical Dimanche 8 Janvier 1899
La Feuille, n°22, 21 décembre 1898. On détrousse au coin des lois.
Références :
La feuille qui ne tremblait pas: Zo d’Axa et l’anarchie (Jean-Jacques Lefrère, Philippe Oriol. Editions Flammarion)
Les Feuilles de Zo d’Axa/On détrousse au coin des Lois (Wikisource)
https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Feuilles_de_Zo_d%E2%80%99Axa/On_d%C3%A9trousse_au_coin_des_Lois
https://fr.m.wikisource.org/wiki/Page:Zo_d'Axa_-_Les_feuilles.djvu/261
Full text of "Les feuilles" (Internet Archive)
https://archive.org/stream/lesfeuilles00axagoog/lesfeuilles00axagoog_djvu.txt